Pourquoi certaines habitudes changent après l’immigration : comprendre les codes culturels au Canada sans perdre son identité

Immigrer dans un nouveau pays, ce n’est pas seulement changer de lieu de résidence. C’est aussi découvrir de nouvelles façons de communiquer, de travailler, de créer des relations et de participer à la vie sociale.
Pour de nombreux immigrants, certaines situations du quotidien peuvent sembler surprenantes au début. Une façon différente de saluer, l’importance accordée à la ponctualité ou encore la manière d’exprimer un désaccord peuvent nécessiter un temps d’adaptation.
Ces différences ne signifient pas qu’une culture est meilleure qu’une autre. Elles reflètent simplement des codes sociaux différents.
L’objectif de l’intégration n’est donc pas d’abandonner sa culture, mais de comprendre les codes de son nouvel environnement afin de pouvoir évoluer avec confiance dans différentes situations.
1. La ponctualité : « quelques minutes » peuvent avoir une autre signification
Dans certains contextes culturels, arriver quelques minutes après l’heure prévue peut être considéré comme normal. Au Canada, particulièrement dans les milieux professionnels, la ponctualité est souvent associée au respect du temps des autres et au professionnalisme.
Un rendez-vous fixé à 9 h peut donc réellement commencer à 9 h.
Cela ne signifie pas qu'il faut être stressé par chaque minute de retard. Cependant, prendre l'habitude de prévoir son déplacement, les transports et les éventuels imprévus peut faciliter beaucoup de situations.
Une bonne pratique : lorsqu'un retard est inévitable, prévenir la personne concernée dès que possible.
2. La communication peut être plus directe… mais aussi plus nuancée
Les façons de communiquer varient énormément d’une culture à l’autre.
Dans certains environnements, il est courant d'utiliser des formulations très indirectes pour éviter de blesser ou de contredire quelqu'un. Dans d'autres, on privilégie une communication plus directe.
Au Canada, il est possible qu'un collègue ou un gestionnaire exprime clairement son désaccord tout en considérant que cela ne remet pas en question la relation personnelle.
Dire : « Je ne suis pas certain que cette approche soit la meilleure » ne signifie pas nécessairement : « Je rejette ton idée ».
Il est donc important d'apprendre à distinguer le désaccord professionnel du conflit personnel.
3. Dire « non » n’est pas nécessairement un manque de respect
Pour certaines personnes, refuser une demande adressée par un supérieur, un collègue ou même un membre de leur entourage peut être difficile.
Pourtant, savoir établir ses limites fait partie de la communication professionnelle.
Dire : « Je ne pourrai pas terminer cette tâche aujourd'hui, mais je peux la faire demain » peut être beaucoup plus constructif que d'accepter une responsabilité que l'on sait impossible à réaliser dans les délais.
Apprendre à dire non avec respect permet de mieux gérer son temps, ses responsabilités et ses relations.
4. La relation avec les supérieurs peut être différente
Dans certains pays, la hiérarchie professionnelle est très marquée. Le supérieur est rarement contredit et les échanges peuvent être très formels.
Dans plusieurs milieux de travail canadiens, la relation peut être plus collaborative.
Un employé peut être encouragé à :
poser des questions
proposer des solutions
exprimer une opinion
demander des précisions
signaler un problème
discuter de ses objectifs professionnels
Cela ne signifie pas que la hiérarchie n'existe plus. Il s'agit plutôt d'une manière différente de travailler ensemble.
Poser une question n'est pas forcément remettre en cause l'autorité.
5. Les relations sociales peuvent prendre du temps
L’une des difficultés les plus souvent ressenties après l’immigration est la création de nouvelles amitiés.
On peut rencontrer beaucoup de personnes sans nécessairement avoir immédiatement l'impression de créer des liens profonds.
Dans certains contextes culturels, les relations sociales se développent rapidement autour de la famille, du voisinage, du travail ou de la communauté. Au Canada, certaines relations peuvent commencer de manière plus informelle et évoluer progressivement.
Un collègue qui vous propose de prendre un café peut simplement vouloir échanger quelques minutes. Une invitation à une activité peut être une première étape vers une relation plus proche.
Il faut parfois accepter de laisser le temps faire son travail.
6. L’espace personnel et la vie privée sont souvent très importants
Les notions de proximité, de vie privée et de familiarité varient d’une culture à l’autre.
Certaines questions considérées comme normales dans une conversation peuvent être perçues comme trop personnelles dans un autre contexte.
Les questions concernant l'âge, le salaire, la situation familiale, les finances ou certains aspects de la vie privée peuvent notamment nécessiter davantage de prudence.
Observer les réactions de son interlocuteur et commencer par des sujets plus neutres permet généralement de mieux comprendre les limites sociales.
7. S’intégrer ne signifie pas abandonner son identité
C’est probablement l’un des points les plus importants.
Apprendre les codes culturels de son pays d’accueil ne signifie pas qu’il faut renoncer à sa langue, à sa cuisine, à ses traditions, à sa religion, à ses valeurs ou à son histoire.
Une personne immigrante peut parfaitement :
conserver sa langue maternelle
transmettre sa culture à ses enfants
célébrer ses traditions
découvrir les traditions canadiennes
avoir des amis de différentes origines
participer à la vie de sa communauté
développer une identité qui combine plusieurs influences
L’intégration n'est pas une disparition de l'identité. C'est une construction.
Observer avant de juger
Lorsqu'une situation semble étrange ou incompréhensible, notre première réaction peut être de la comparer immédiatement à ce que nous connaissons.
Pourtant, une autre approche peut être plus utile :
Observer → comprendre → s’adapter → choisir
Observer permet de découvrir le comportement
Comprendre permet d’en chercher la raison
S’adapter permet de fonctionner efficacement dans ce nouvel environnement
Choisir signifie que l'on reste libre de conserver certains éléments de sa propre culture
Cette approche permet d'éviter de tomber dans le jugement, aussi bien envers la société d'accueil qu'envers sa propre culture.
L’immigration est aussi un apprentissage interculturel
L'adaptation culturelle ne devrait pas être considérée comme une responsabilité qui repose uniquement sur les immigrants.
Les sociétés d'accueil bénéficient également de la diversité apportée par les personnes immigrantes.
Un immigrant apprend de nouvelles façons de faire, mais son entourage peut également découvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles traditions, de nouvelles compétences et de nouvelles façons de résoudre les problèmes.
C'est pourquoi l'intégration devrait être comprise comme un processus réciproque, fondé sur la connaissance, le respect et le dialogue.
Quelques conseils pour faciliter son adaptation
Il n'est pas nécessaire de tout comprendre dès les premières semaines ou les premiers mois.
Quelques habitudes peuvent toutefois faciliter le processus :
1. Observez votre environnement.Les comportements des collègues, voisins et autres personnes peuvent vous aider à comprendre les codes locaux.
2. Posez des questions. Il vaut mieux demander une explication que tirer une conclusion à partir d'un malentendu.
3. Ne prenez pas chaque différence personnellement.Une manière différente de communiquer n'est pas nécessairement un signe de rejet.
4. Conservez ce qui vous définit.L'adaptation ne nécessite pas d'effacer votre histoire.
5. Sortez de votre cercle habituel.Participer à des activités locales permet de découvrir d'autres façons de vivre et de créer de nouvelles relations.
6. Soyez patient avec vous-même.L'adaptation culturelle ne se fait pas en quelques jours.
Trouver son équilibre entre deux cultures de part les codes culturels au Canada
Après plusieurs années, certains immigrants constatent qu'ils ont développé de nouvelles habitudes tout en conservant plusieurs éléments de leur culture d'origine.
C'est tout à fait normal.
On peut apprendre à apprécier certaines nouvelles habitudes sans rejeter celles avec lesquelles on a grandi. On peut changer sa façon de communiquer au travail tout en conservant une autre façon de communiquer avec sa famille. On peut découvrir de nouvelles traditions tout en continuant à célébrer les siennes.
Finalement, l'immigration peut devenir une occasion de développer une double perspective culturelle, après avoir connu les codes culturels au Canada.
Cette capacité à comprendre plusieurs façons de penser et de vivre peut devenir une véritable richesse, autant sur le plan personnel que professionnel.
Et vous, quelle habitude avez-vous dû réapprendre après votre immigration ?
Chaque parcours est différent. Une situation qui semble normale pour une personne peut être complètement nouvelle pour une autre.
Partager ces expériences permet de normaliser les difficultés d'adaptation et surtout de montrer aux nouveaux arrivants qu'ils ne sont pas seuls dans ce processus.
À La Voix de l'immigrant, nous croyons que l'intégration passe par l'information, le dialogue, la compréhension mutuelle et la valorisation des parcours.
Votre culture fait partie de votre histoire. Votre nouvelle expérience fait désormais partie de votre parcours. Les deux peuvent avoir leur place.




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